Lectures du jour :

Première lecture : Is 11,1-10 ;
Psaume 71,1-2.7-8.12-13.17 ;
Deuxième lecture : Rm 15,4-9 ; 
Évangile : Mt 3,1-12.

Homélie :

Chers frères et sœurs dans le Christ, le temps de l’Avent, dans lequel nous sommes entrés depuis huit jours, est un temps de conversion. Vous l’avez entendu dans l’Évangile, avec Jean le Baptiste qui crie dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ! »
Mais qu’est-ce que cela veut dire, ce mot conversion ? Quel sens cela peut-il avoir pour nous ? Je vous propose de regarder trois conversions différentes, qui vont nous aider à comprendre ce que le Seigneur, par la voix de Jean-Baptiste il y a 2000 ans, nous demande, à nous, aujourd’hui.

La première conversion que je veux voir avec vous, c’est la conversion au ski. Sans doute, la plupart d’entre vous savez parfaitement ce qu’est une conversion au ski et à quoi ça sert : c’est une technique qui consiste à changer de direction, à se retourner totalement sur place. C’est très pratique quand on est tout au bord de la piste et qu’il y a un ravin cinquante centimètres après, ce qui nous laisse trop peu de place pour tourner, surtout quand on n’est pas doué comme moi.
Le truc chouette, avec la conversion au ski, c’est que c’est très facile : même un débutant peut le faire. Ça ne demande quasiment aucune technique.
De la même manière, quand nous entendons Jean-Baptiste crier : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche », on se dit que, si le Royaume de Dieu arrive, il serait tout à fait intelligent de se tourner vers lui. Histoire de ne pas être pris en traître, histoire de le voir arriver, histoire de… ce que l’on veut. Habile.
Les Pharisiens ont très bien compris cela, et ils viennent voir Jean le Baptiste pour bien montrer qu’ils se tournent vers Dieu.

Sauf que Jean-Baptiste les accueille d’une manière assez peu sympathique : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » Quel accueil !
C’est que Jean-Baptiste veut leur apprendre une autre conversion, une conversion nettement plus engageante et difficile que de simplement se tourner, hop ! vers le Seigneur. Non non, ça ne marche pas comme ça ! Cette conversion-là, Jean n’en veut pas, parce qu’elle est beaucoup trop superficielle. Une girouette se convertit très bien, n’est-ce pas ?...
De quelle conversion parle-t-il ? De celle, par exemple, qui fait que, quand on met du jus de raisin dans un tonneau et qu’on le laisse travailler un certain temps, ce n’est plus du jus de raisin, c’est du vin. C’est bien la même chose : il n’y a pas quelqu’un qui, pendant qu’on avait le dos tourné, est venu vider le jus de raisin et mettre du vin à la place, non ! Le jus de raisin s’est changé en vin, le jus de raisin a été converti en vin.
Ce n’est pas la même chose qu’une transformation : une transformation, c’est la même chose qui prend une autre forme, mais qui reste la même chose. Je prends un exemple. Optimus Prime, le célèbre Autobot dans Transformers, a deux formes différentes, qu’il peut prendre quand il veut : dans l’une, il est un camion, dans l’autre, il est un énorme robot. Mais c’est toujours Optimus Prime ! Alors que le liquide, dans le tonneau, qui était du jus de raisin, ce n’est plus du jus de raisin, c’est du vin !
Qu’est-ce qui nous permet de différencier le jus de raisin du vin ? Il a toujours la même couleur… eh bien, c’est le goût, déjà, et surtout l’effet que ça fait quand on en boit. Le jus de raisin, c’est bon, et puis c’est à peu près tout. Alors que le vin, c’est un autre goût, on peut espérer qu’il soit bon, mais, surtout, si on en boit trois verres… on est un tout p’tit peu p’us joyeux ! On reconnaît le vin à l’effet qu’il fait.
C’est exactement ce que dit Jean-Baptiste aux Pharisiens : "Attendez, les amis, vous vous moquez de Dieu, là ! Ce n’est pas tout de se tourner vers lui comme une girouette qui tourne au vent, mais il faut que vous fassiez beaucoup plus que ça ! Il faut que vous changiez vous-mêmes !" Et comment ça se voit, ce changement ? C’est qu’un Pharisien converti ne produit pas le même effet qu’un pharisien pas converti, voilà tout. « Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion ! » Il faut que ça se voie dans vos actes, puisque ça ne peut pas se voir simplement en vous regardant. Agissez selon votre cœur : s’il a changé, si vous l’avez converti, ça se verra !
Ah ben oui… sauf que c’est carrément plus dur, cette conversion-là ! Il faut bien l’aide de Dieu pour y arriver, ce Dieu qui est capable de faire surgir des pierres que voici des enfants d’Abraham !

C’est là que je voudrais vous parler d’une troisième conversion, la plus géniale, la plus extraordinaire, la plus miraculeuse de tous les temps. Celle que Dieu a inventé pour nous rendre capables, à notre tour, de nous convertir, de changer notre cœur en nous tournant vers lui.
Je parle de l’Eucharistie. À chaque messe, Jésus se rend présent à nous au moment de la consécration, en disant, par la bouche et par le cœur du prêtre qui prend du pain : « Ceci est mon corps, livré pour vous » ! qui prend du vin : « Ceci est mon sang, versé pour vous » !
Vous le savez, nous le croyons, parce que c’est Jésus qui nous l’a dit et que Jésus ne nous ment jamais : quand le prêtre prend du pain et du vin en mémoire de Jésus et prononce ces paroles, ce n’est plus du pain, ce n’est plus du vin, c’est son corps, c’est son sang. Ce n’est pas une transformation, c’est une conversion : on voit toujours l’apparence du pain et du vin, mais c’est le corps du Christ et le sang du Christ.
Et pourquoi Jésus fait-il cela ? « Prenez, et mangez-en tous ! Prenez, et buvez-en tous ! » Parce que, quand nous mangeons le corps du Christ, quand, quelque fois, nous buvons son sang, il nous change, il nous convertit, il fait de nous des chrétiens, des hommes et des femmes qui, puisqu’ils changent, puisqu’ils se convertissent, peuvent agir pour changer, pour convertir ce monde et le faire devenir, peu à peu, le Royaume des Cieux.

Chers amis, en ce deuxième dimanche de l’Avent, convertissons-nous : tournons-nous vers le Seigneur qui vient, changeons nos cœurs en recevant l’Eucharistie, ce pain qui est devenu le corps du Christ… ainsi, nous pourrons agir en vrais enfants de Dieu et changer le monde, pour qu’il devienne le Royaume de Dieu.