Lectures du jour :

Première lecture : Is 35,1-6.10 ;
Psaume 145,7-10 ;
Deuxième lecture : Jc 5,7-10 ; 
Évangile : Mt 11,2-11.

Homélie :

Chers frères et sœurs dans le Christ, aujourd’hui, comme je vous l’ai dit en vous accueillant en ornements roses tout à l’heure, aujourd’hui est un jour de joie ! Le blanc de la joie de Noël déteint sur le violet de la conversion de l’Avent et nous invite à entrer dans une joyeuse conversion vers le Seigneur… et tous les textes de ce jour nous parlent de cette joie qui nous est promise quand le Seigneur viendra.
Pourtant, il y a un petit quelque chose qui me pose question. Écoutons Isaïe : « Voici notre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu » ! Mmmmmh… voici des mots qui détonnent quelque peu au milieu de toute cette joie. Et vos anciens vous le diront : il fut une époque pas si lointaine où l’on parlait, à propos de la venue du Seigneur à la fin des temps, de "jour de colère" : "Dies irae, dies illa" ! Jour de colère que ce jour-là !
Alors ? Qu’est-ce qui est vrai ? Jour de joie et d’allégresse, ou jour de vengeance et de colère ?

Autant répondre tout de suite, chers amis : le jour du Seigneur qui vient, qui est tout proche, est un jour de joie et de colère, un jour de vengeance et d’allégresse ! Les deux à la fois !
Et permettez-moi de prendre deux images très concrètes pour vous le montrer…
Imaginez que vous montez en haut d’une haute montagne, le Mont-Blanc par exemple. Air pur et froid, neige immaculée, grand soleil ce jour-là… Vous arrivez au sommet : paysage absolument extraordinaire, n’est-ce pas ? Mais voilà : en même temps que ce paysage, vous découvrez les ordures que vos prédécesseurs ont laissées. Ce paysage splendide est défiguré par les mochetés que vous découvrez au premier plan.
Que ressentez-vous ? Joie et colère, n’est-ce pas ?… Valait-il mieux être aveugle et ne pas voir les ordures ?
L’autre image, c’est ce souvenir que j’ai de ma chère petite filleule, qui avait alors un peu moins de trois ans, à mon souvenir. Ses parents ont découvert que cette petite fille qui ne parlait pas encore et qui paraissait enfermée dans sa petite bulle n’entendait pas grand-chose : elle était quasiment sourde. Grâce à un bon ORL qui l’a opérée rapidement, elle a retrouvé quasiment toute son audition. Le lendemain de son retour à la maison, sa mère m’a envoyé une photo de ma filleule, debout devant la machine à café en train de fonctionner, subjuguée par le bruit. Elle ne l’avait jamais entendu. Cette petite fille était émerveillée par tout ce qu’elle découvrait, à presque trois ans. Mais cette petite fille était aussi effrayée par les cris insupportables de son petit frère en colère, qu’elle avait supportés jusque-là stoïquement… parce que, en fait, elle ne les entendait pas.
Que ressentait-elle ? Émerveillement et peur… Valait-il mieux pour elle d’être sourde et ne pas entendre les hurlements de son frère ?

« Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » Il est possible que certains de ces aveugles guéris par Jésus auraient préféré ne pas voir ce qu’ils ont découvert avec leur vue toute neuve, que certains de ces sourds auraient préféré ne pas entendre ce qu’ils ont découvert avec leur ouïe toute neuve, que certains de ces morts auraient préféré ne pas découvrir ce que leur vie toute neuve leur réservait : rappelez-vous ceux qui veulent tuer Lazare alors même qu’il vient d’être rendu à la vie, parce qu’il gêne ceux qui veulent mettre Jésus à mort !

Vaut-il mieux être aveugle que de voir les mochetés de notre monde et de notre vie ? Vaut-il mieux être sourd que d’entendre les mochetés de notre monde et de notre vie ? Vaut-il mieux être mort que de vivre et de souffrir ?
Ce que Dieu éprouve en nous regardant, en nous entendant, en considérant notre vie, c’est à la fois la joie immense d’un Père qui voit tout ce que son enfant a fait de beau, de grand, d’extraordinaire, et à la fois la colère immense d’un Père qui voit combien son enfant a été blessé, abîmé, défiguré par le péché, la souffrance et la mort. Les deux à la fois.
Laissez-moi vous dire, mes amis, combien je peux ressentir parfois l’un et l’autre moi-même, qui ne suis ni votre père, ni votre Dieu, qui suis moi-même pécheur avec vous et mortel comme vous, quand je vous regarde ! Laissez-moi vous dire, chers frères et sœurs, l’émerveillement et la joie profonde que vous éveillez en mon cœur quand je vois et entends toutes les belles choses que vous faites, quand je regarde les merveilles que vous êtes ! Laissez-moi vous dire aussi, chers frères et sœurs, la colère qui monte dans mon cœur quand je vois ce qui vous abîme, quand j’entends ce qui vous fait souffrir et vous détruit ! La joie quand je vois des jeunes s’engager généreusement dans le scoutisme et l’aumônerie, la colère quand je vois des jeunes se détruire le cœur et le corps à coups d’amourettes sans lendemain, de clope ou d’alcool !
Oh ! Combien je voudrais détruire, d’un coup de colère terrible et flamboyant, pour toujours, tout ce qui vous fait du mal ! Combien je voudrais ne vous laisser que ce qui est beau et grand et vrai dans votre vie, pour toujours !
Je crois que je comprends un peu la joie et la colère de Dieu qui vient. J’ai hâte d’être au jour où les deux éclateront et accompliront, pour toujours, leur travail de restauration, de guérison, de purification de tout ce qui est beau et bon en nous, et de destruction radicale et définitive de tout ce qui est moche et mauvais en nous. J’ai hâte, vous ne savez pas comment !

En attendant, Dieu patiente… et nous aussi. Mais pas d’une patience inactive, paresseuse, peinarde ! Dieu agit, pour le moment avec douceur et discrétion, et nous appelle à agir nous-mêmes, avec la même douceur et la même discrétion, mais aussi avec la même énergie.
Chers amis, avons-nous peur d’ouvrir les yeux et les oreilles sur la beauté et le péché que révèle en nous la Parole de Dieu ? Avons-nous peur de vivre ce que nous propose le Seigneur qui vient ? Préférons-nous être aveugles et sourds ?

Chers amis, n’ayez pas peur de la colère qui vient ! Si, toute votre vie, vous combattez vaillamment, patiemment, énergiquement, contre le mal qui veut vous tuer ; si, toute votre vie, vous construisez vaillamment, patiemment, énergiquement, votre vie sur ce qui est bon, beau et vrai, vous n’avez aucune raison d’avoir peur, mais, au contraire, nous avons toutes nos raisons d’attendre avec joie ce jour où, enfin, le but de notre vie sera réalisé : « Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s'enfuiront. »