Lectures du jour :

Première lecture : Jr 1,4-5.17-19 ;
Psaume 70,5-8.15.17.19 ;
Deuxième lecture : 1 Co 12,31;13,1-13 ; 
Évangile : Lc 4,21-30.

Homélie :

"Chrétien, tu es prophète comme Jésus ! Chrétien, tu es fils de Dieu comme Jésus !"
Ça fait du bien à entendre quelque fois, non ? Moi, en tous cas, ça me fait du bien de l’entendre, de temps en temps ! Woaw ! Je suis prophète comme Jésus ! Je suis fils de Dieu comme Jésus ! Woaw ! Vraiment, ça fait du bien !
Et par conséquent : "Chrétien, tu dois parler comme Jésus ! Chrétien, tu dois agir comme Jésus ! Chrétien, tu dois aimer, tu dois être comme Jésus !"
Euh… ? Vraiment ? Tu crois ? Et là, j’ai comme un doute.

Et pourtant, c’est vrai. Puisque je suis baptisé, puisque je suis chrétien, je suis prophète comme Jésus, je suis fils de Dieu comme Jésus, et je dois donc parler comme Jésus, agir comme Jésus, aimer, être comme Jésus.
Tout cela, je crois, engendre deux sentiments contradictoires : d’une part une grande fierté, d’autre part une certaine peur, voire une angoisse ! Et je crois que les deux sont légitimes, et qu’il faut savoir assumer les deux. Voyons comment.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais, personnellement, je trouve que Jésus est un peu gonflé.
Le voilà qui débarque dans la synagogue de son enfance, où tout le monde le connaît, qui s’avance – visiblement sans qu’on lui ait demandé – pour faire la lecture que l’on connaît, l’annonce du Messie, et qui annonce tout de go quelque chose en gros comme : "Eh bien, le Messie que vous attendez, c’est moi. Voilà."
Mettez-vous à la place de l’assistance : qu’auriez-vous pensé ? La même chose qu’eux, certainement : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Il a grandi chez nous, on le connaît ! Pour qui se prend-il ?
Et voilà qu’il ajoute tranquillement que, non seulement il est le Messie, mais qu’en plus il ne vient pas pour eux, mais pour les autres, parce qu’ils vont l’envoyer gentiment sur les roses, il le sait déjà. D’ailleurs, c’est dans l’Écriture, voyez plutôt là et là.
Évidemment, ça ne loupe pas. Il faut dire qu’il ne manque pas d’air, Jésus !
C’est vrai, il ne manque pas d’air… sauf que c’est vrai. Et la suite le prouvera tellement bien que certains de ses frères, aujourd’hui encore, refusent absolument qu’il soit le Messie.
Et vous voulez que moi, chrétien, je sois prophète comme lui !? Mais que vont penser mes amis d’enfance ? Mes parents ? Mes frères et sœurs ?

Alors soyons clairs : dans "Chrétien, tu es prophète comme Jésus", il y a un petit mot super important. "Comme".
Prenons un exemple : moi, Vianney, je joue au tennis comme Jo-Wilfrid Tsonga. Si si : je prends ma raquette dans la main droite, je fais un espèce de geste tordu au-dessus de la tête avec la raquette juste après avoir lancé la balle en l’air, et là, parfois, la balle passe le filet et arrive dans le carré de service. Parfois.
Bon, pas souvent. N’empêche que je joue au tennis comme Tsonga. Je vous mets au défi de me prouver le contraire.

"Chrétien, tu es prophète comme Jésus". Par ton baptême, tu as été consacré prophète comme Jésus. Par ton baptême, tu es devenu fils de Dieu comme Jésus.
Et cela doit faire ta fierté et ton angoisse.
Ta fierté parce que, vraiment, tu es prophète, vraiment, tu es fils de Dieu, et que ça, personne ne peut te l’enlever. Vraiment, tu peux être fier de cela ! Parce que, comme à Jérémie, le Seigneur te dit : « Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t'ordonnerai. Ne tremble pas. » Parce que, comme Jésus, tu peux dire : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. »
Ton angoisse parce que, contrairement à Jésus, tu n’es pas Dieu. Tu n’es pas la Parole de Dieu. Tu peux te tromper. Tu peux, au lieu d’annoncer la Parole de Dieu, annoncer ta propre parole. Tu peux, au lieu d’aimer, te laisser prendre par tes sentiments et ne plus rien maîtriser.

Permettez-moi pourtant de vous donner un moyen, très concret, qui fera de vous, peu à peu, chaque jour un peu plus, un prophète comme Jésus, un fils de Dieu comme Jésus. C’est saint Paul qui nous les donne : « Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ». Chaque jour, jour après jour, dans la prière, exerce-toi à croire, à espérer, à aimer. C’est par ces trois vertus que, peu à peu, tu apprendras à connaître Dieu comme Jésus a connu Dieu, tu apprendras à tout attendre de Dieu comme Jésus a tout attendu de Dieu, tu apprendras à aimer Dieu et ton prochain comme Jésus a aimé Dieu et son prochain. Prier, ce n’est pas autre chose que croire, espérer et aimer, de jour en jour, chaque jour un peu mieux, avec la grâce de Dieu.
« Mais la plus grande des trois, c'est la charité » : le critère, tout comme celui à l’aune duquel tu peux reconnaître que Jésus est vraiment ce qu’il dit, c’est la charité, c’est cet amour qui vient de Dieu, qui est Dieu, et dont tu rayonneras chaque jour un peu plus.

Chrétien, tu es prophète comme Jésus. Sois-en fier, mais n’oublie jamais que c’est un chemin de toute la vie. Crois, espère, aime, et recommence encore, et alors tu seras vraiment prophète comme lui.