Lectures du jour :

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Première lecture : Is 52,7-10 ;
Psaume 97,1-6 ;
Deuxième lecture : He 1,1-6 ;
Évangile : Jn 1,1-18.

Noël !

Homélie :

Chers amis, cette nuit, nous avons été nombreux à nous rassembler pour déposer l’Enfant dans la crèche et pour l’adorer, avec Marie, avec Joseph, avec les anges et avec les bergers.
Cette nuit, nous avons été très nombreux à entendre, avec une joie renouvelée, la bonne nouvelle transmise par les anges du ciel aux bergers de la terre : « Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Cette nuit, nous nous sommes émerveillés, nous nous sommes laissés attendrir, nous avons laissé notre cœur s’ouvrir devant ce Prince de la Paix qui se présente à nous sous les traits d’un tout petit, d’un nouveau-né dormant paisiblement dans une mangeoire, donnant la paix au monde par sa simple présence au cœur de la douce nuit de Bethléem.
Et, ce matin encore, nous entendons cette bonne nouvelle avec joie, en proclamant avec le prophète Isaïe : « Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle, qui annonce le salut ! »

Les textes de ce jour, étonnamment, ont une tonalité tout à fait différente : on n’y trouve plus de crèche, on n’y trouve plus mention d’enfant, on n’y trouve ni bergers, ni Marie, ni Joseph… La joie est bien présente, mais, alors que le soleil resplendit en ce jour de Noël, c’est un jour tout différent qui est projeté sur le mystère que nous célébrons. Le même mystère que cette nuit…
En ce jour de Noël, l’Église veut nous faire réaliser la merveille qui s’accomplit sous nos yeux dans la nuit de Noël, une merveille qui est infiniment plus que seulement la naissance d’un nouveau-né, cet enfant fût-il l’Enfant divin. Sans quitter le cadre de l’humble crèche, elle veut faire resplendir à la lumière du jour la grandeur et la splendeur de ce qui se déroule en cette nuit unique dans l’histoire du monde.
Nous l’avons entendu dans la prière d’ouverture de cette messe, juste avant la proclamation de la Parole de Dieu dans les différentes lectures : « Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la dignité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité. » Cette prière fait écho, pour le prêtre, à la prière qu’il dit habituellement tout bas au moment où il verse une goutte d’eau dans la coupe de vin, à l’offertoire : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »

En ce jour de Noël, le Fils de Dieu, le Verbe divin, prend notre humanité. Nous l’avons entendu dans ce magnifique prologue de l’Évangile selon saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » Ce Verbe par qui le Père a créé tout l’univers et par qui il maintient le monde entier dans l’existence, ce Verbe de Dieu assume une nature humaine. Le Fils de Dieu se fait homme, fils d’une femme.
Les Pères de l’Église, ces théologiens des premiers siècles, ont parlé, en contemplant ce mystère, de kénose, ce qui veut dire littéralement anéantissement, abaissement extrême… Celui qui est, de toute éternité, celui par qui tout a été créé, entre dans le temps et se fait créature ! Il descend même en-dessous des anges pour devenir un homme, un enfant, un tout petit. Et il descendra plus bas, jusqu’à la mort même !
Chers amis, en contemplant ce mystère, nous découvrons ce que, peut-être, la conscience de chaque homme murmure à son cœur : l’immense grandeur de l’homme, la dignité infinie de toute personne humaine, puisque, nous tous, nous sommes de la même nature que Jésus, le Fils de Dieu. En cette époque où un enfant dans le ventre de sa mère n’est plus protégé, en cette époque où un vieillard ou un malade est en passe de devenir, par le fait même, un condamné à mort, nous contemplons le Fils de Dieu dans les bras de Marie, nous contemplons le Fils de Dieu sur la croix, et nous proclamons à la face du monde, avec force, que toute personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est fils et frère de Dieu sur qui personne n’a droit de vie et de mort.

Mais ce n’est pas tout…
Dieu n’a pas voulu se contenter seulement de se faire l’un de nous. Il veut que nous devenions comme lui. Saint Jean le proclame dans son Évangile : « Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. »
Vous l’entendrez dans la préface de la prière eucharistique, que je chanterai tout à l’heure, et qui dit, dans un raccourci saisissant : « lorsque ton Fils prend la condition de l’homme, la nature humaine en reçoit une incomparable noblesse, il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels » !
À l’antique mensonge du serpent de la Genèse, qui promet à Ève qu’elle et Adam deviendront « comme des dieux », Dieu répond de la manière la plus éclatante qui soit : nous ne devenons pas comme des dieux, nous devenons fils de Dieu avec le Fils de Dieu, nous entrons, par le baptême dans la mort et la résurrection du Verbe fait homme, dans la participation à la vie divine. Nous devenons Dieu avec Dieu !
Réalisons quelle dignité nous donne le Fils de Dieu en entrant, par l’Esprit Saint, par la Vierge Marie, dans le monde ! Réalisons ce qui se passe, alors, quand d’aucuns se déclarent maîtres de la vie et de la mort d’autres hommes, et particulièrement de chrétiens persécutés et tués à cause du Christ ! C’est le mystère de la croix qui se renouvelle, c’est Dieu qu’on tue !
Mais nous savons, nous, que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant pour l’éternité, et qu’il nous fait entrer, par le mystère de Noël, dans sa divinité : ils pourront toujours nous tuer, c’est Dieu qui nous donne la vie, et la vie pour l'éternité.

Chers amis, puissions-nous trouver, dans ce mystère de Noël auquel nous communions dans cette eucharistie, le courage de proclamer à la face du monde que Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu ! Rendons grâce à Dieu, dans cette eucharistie, pour l’admirable échange qu’il accomplit devant nous et pour nous. Joyeux et saint Noël à tous !