Lectures du jour :

Première lecture : Ac 14,21-27 ;
Psaume 144,8-13 ;
Deuxième lecture : Ap 21,1-5 ; 
Évangile : Jn 13,31-35.

Homélie :

Ce matin, à la radio, j'ai entendu une information impressionnante : un sondage montrerait que 7 Français sur 10 pensent qu'une explosion sociale pourrait survenir dans les mois qui viennent. 70 % !
La question ce matin n'est pas de débattre s'ils ont raison ou tort. Ce que je constate, moi, depuis quelques semaines, quelques mois, c'est une montée très rapide des tensions de tous ordres : mariage gay, chômage, crise économique et sociale, moralisation de je ne sais quoi... De tous côtés, les tensions et parfois les violences montent à toute vitesse autour de nous, et parfois même en nous, car nous y participons sans doute tous plus ou moins. Ce que je vois, c'est une montée puissante de l'individualisme, avec ce sentiment très répandu que tout autre est potentiellement un agresseur, potentiellement un ennemi, potentiellement quelqu'un qui pourrait nous faire du mal.
Je crois que je ne suis pas le seul, loin de là, à faire ce triste constat.

C'est dans ce contexte que nous recevons aujourd'hui cette parole de Jésus : « je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ». Ce n'est pas un vœu pieux, ce n'est pas une douce invitation, c'est un commandement : « aimez-vous les uns les autres » !
Le christianisme n'est pas un système d'idées, fussent-elles vraies. Le christianisme n'est pas un ensemble de valeurs, fussent-elles belles.
Nous, Chrétiens, n'aimons pas des valeurs ou des idées ! Nous n'aimons pas des caractéristiques sociales, ou physiques, ou religieuses, ou bien encore des compétences ! Nous, Chrétiens, nous n'aimons pas des richesses, ou des qualités, ou encore des pauvretés ou des faiblesses.
Nous, Chrétiens, nous recevons ce commandement de Jésus de nous aimer les uns les autres. Nous recevons le commandement d'aimer des personnes uniques.
À la limite - je dis bien "à la limite" -, "Chrétiens de gauche" ou "Chrétiens de droite" ? On s'en moque ! "Chrétiens pour le mariage gay" ou "Chrétiens contre le mariage gay" ? On s'en fiche ! "Chrétiens syndicalistes" ou "Chrétiens libéralistes" ? On s'en fout ! Et d'ailleurs, Chrétiens ou pas Chrétiens, peu nous importe ! La question n'est pas du tout là !
Comprenons-nous bien : moi, Chrétien, je ne suis pas appelé à aimer "les homos", ou "les blacks", ou encore "les gauchos" ou "les droitos" (je sais, ça ne se dit pas). Je ne suis pas appelé à aimer "les pauvres", ou "les exclus", ou "les je-ne-sais-quoi-encore" ! Non. Moi, Chrétien, je suis appelé à aimer Georges. Je suis appelé à aimer Émilie. Je suis appelé à aimer Claude, dont je ne sais pas trop si c'est un homme ou une femme. Je suis appelé à aimer Philippe, qui pue parce qu'il dort dans la rue et qu'il ne se lave pas.
Vous comprenez pourquoi je dépense tellement d'énergie pour essayer de me rappeler vos prénoms à chacun ! C'est parce que je désire de tout mon cœur vous manifester ainsi, pauvrement, faiblement sans doute, l'amour du Christ pour chacun de vous, l'amour de Dieu pour chacun d'entre vous.
Parce que nous sommes appelés à aimer les autres un par un, chacun. Tous. Sans exception.

Mais qu'est-ce qui fait que ce commandement est "nouveau" ? Jésus ajoute : « comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ».
« Comme je vous ai aimés », nous dit Jésus. Voilà la nouveauté : il nous faut apprendre à aimer comme celui qui, dans la lecture de l'Apocalypse de ce dimanche, dit qu'il fait « toutes choses nouvelles ».
Nous, Chrétiens, nous croyons et nous savons que nous sommes tous aimé par les trois Personnes divines, parce que Jésus nous l'a révélé. Nous savons que nous sommes aimés par le Père et le Fils et le Saint-Esprit comme des personnes, uniques et irremplaçables. Infiniment. Inconditionnellement. De toujours à toujours.
Jésus nous commande de nous aimer les uns les autres, d'aimer les autres comme lui nous a aimés, c'est-à-dire jusqu'à la croix, comme lui. Oh, saint Paul nous le dit aujourd'hui : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». Ce n'est pas facile, la croix !
Nous, Chrétiens, sommes, non pas invités, mais sommés par Jésus de prendre avec lui, jusqu'à la croix, le parti résolu de - pardonnez-moi de réutiliser un slogan bien actuel - le parti résolu de l'Amour de Dieu pour tous.

« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »
Demandons à Jésus de nous apprendre à aimer comme lui. Demandons-lui de changer notre cœur, aujourd'hui, maintenant ! Que nous puissions entrer dans la joie d'aimer vraiment, comme lui nous a aimés, et de manifester cet amour à chacun et chacune de ceux qui nous entourent.