Lectures du jour :

Première lecture : Ez 2,2-5 ;
Psaume 122,1-4 ;
Deuxième lecture : 2 Co 12,7-10 ;
Évangile : Mc 6,1-6.

J'avais fait un plan détaillé de mon homélie sur un papier, comme souvent. Je voulais le scanner parce que je n'ai pas le temps de réécrire mon homélie en entier, mais j'ai perdu le papier.
Je coupe donc la poire en deux : je réécris mon plan, de manière synthétique (ou pas). L'avantage, c'est que ce sera mieux écrit que sur mon scan ;)

Homélie :

Comment reconnaître un prophète ? Et surtout, comment ne pas reconnaître un prophète ? Commençons par là.

Trois critères qui ne permettent pas de reconnaître un prophète :

  • Les prodiges et les miracles : Moïse et Aaron en ont fait de beaux devant Pharaon, mais les magiciens de Pharaon les ont refaits à l'identique. À l'inverse, Marc nous dit dans l’Évangile que nous venons de lire que Jésus ne peut pas faire de miracles. Bon, OK, il guérit "seulement" quelques malades (Merci Edmond Prochain ! Allez voir sa Bédé du dimanche sur le sujet !). Il ne peut pas mais il le fait quand même.
    Prodiges & miracles ? Pas un bon critère.
  • La réussite ou l'échec : figurez-vous que j'ai entendu des gens, bons cathos, tout ça, dire "Ouiiiiiii, c'est vraiiiiii, on s'en prend plein la tronche, donc c'est que ce qu'on dit est vrai !"... Ah... Bon. Ou pas. Regardons deux grands et vrais prophètes comme Jean-Baptiste et Élie : l'un meurt décapité dans un trou à rats, l'autre monte au ciel dans un char de feu ; l'un a franchement raté sa vie, l'autre l'a clairement réussi. Tous les deux sont des grands prophètes. Même les plus grands, d'après Jésus. Et Jésus, tenez : franchement, mourir sur une croix, c'est une belle réussite ? Bon, OK, il y a la résurrection... Et je ne peux oublier celui que certains appellent "LE Prophète", Mohammed : à vues humaines, une belle réussite. Sauf que ce n'est pas un prophète. Ben non.
    Réussite ou échec ? Pas un bon critère.
  • "Ainsi parle le Seigneur Dieu... alors ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux" : ou pas. Dans l'Ancien Testament, il y a moult "prophètes" qui commencent leurs prétendus oracles par ces mots-là, sauf que c'est faux.
    "Ainsi parle le Seigneur Dieu" ? Pas un bon critère.

Je ne prétends pas être exhaustif...

Trois critères qui permettent (un peu plus, un peu mieux) de reconnaître un prophète :

  • L'humilité : le prophète est quelqu'un qui ne se prêche pas lui-même. Il renvoie à quelqu'un d'autre dont il transmet le message, mais il n'en est pas lui-même l'origine ou le but. Il se réfère toujours à plus grand que lui. Le grand apôtre Paul reconnaît sa faiblesse qui doit s'appuyer sur la force de Dieu. Quelqu'un qui commencerait systématiquement par "Moiiiii, je pense que..." n'est pas un prophète, puisqu'il se prend lui-même comme référence.
    Et un prophète ne parle pas parce que "ça marche", parce qu'il "fait le buzz", ou il ne se tait pas parce que "ça ne marche pas". Il parle parce qu'il doit parler, à temps et à contretemps, "qu'ils écoutent ou qu'ils s'y refusent", parce que c'est plus grand que lui qui l'envoie.
  • La vérité : un prophète dit vrai. Il se réfère toujours à la vérité et il la cherche toujours. Cela ne veut pas dire qu'il l'a totalement trouvée, cela ne veut pas dire qu'il y est définitivement arrivé, mais il la cherche, inlassablement, et quand il la reconnaît, il la proclame. Ce qui me fait penser qu'un homme comme Socrate, qui a pourtant dit aussi pas mal de bêtises au milieu des immenses vérités qu'il a mises à jour, à quelque chose du prophète : il cherche la vérité et, quand il l'a trouvée, il la clame au grand jour, quitte à en mourir.
  • La fidélité ou cohérence : un prophète fait ce qu'il dit, et il dit ce qu'il fait. Il y a des hommes qui disent de grandes et belles choses tout à fait vraies, mais qui ne les font pas. On ne voit pas trace dans leur vie de leurs paroles. Ce ne sont pas des prophètes. La parole que transmet le prophète, venant de plus grand que lui, transforme sa propre vie, la façonne, se réalise dans le concret de son existence. Elle ne lui reste pas extérieure, mais il la manifeste par ses actes autant que par ses paroles.

Je ne prétends pas non plus être exhaustif... Mais pourquoi ai-je précisé, entre parenthèses : trois critères qui permettent, "un peu plus, un peu mieux", de reconnaître un prophète ?
C'est que ces critères sont impossibles à utiliser sans d'abord se les appliquer à soi-même !
Chercher à reconnaître l'humilité, pour un orgueilleux imbu de lui-même, est impossible : il méprise l'humble, il ne le reconnaît pas. Il faut être humble pour reconnaître l'humilité...
Comment reconnaître la vérité d'une parole ou d'un acte si l'on refuse de reconnaître d'abord la vérité ? Si l'on refuse de reconnaître le réel pour ce qu'il est ? Seul celui qui recherche la vérité peut la trouver et la reconnaître...
Quant à la cohérence, elle irrite et énerve celui qui ne l'est pas, parce qu'il croit voir dans la recherche de fidélité et de cohérence de celui qui est en face de lui une accusation contre sa propre infidélité et incohérence. Impossible de reconnaître la fidélité pour celui qui ne veut pas en entendre parler.
Bref, celui qui veut chercher à reconnaître un prophète doit commencer à s'appliquer à lui-même ces propres critères... Celui qui veut reconnaître un prophète doit se mettre en disposition de le devenir lui-même à son tour !
Vous savez que vous êtes vous-mêmes prophètes par votre baptême et votre confirmation : vous l'êtes déjà ! Mais il faut encore se mettre en disposition de l'être vraiment, dans notre vie, concrètement !
Aïe... Rassurons-nous, pourtant. Le seul vrai prophète, qui remplisse parfaitement ces critères, il n'y en a qu'un : Jésus-Christ ! Nous ne sommes prophètes, comme tous les autres, qu'imparfaitement, comme nous le pouvons. Mais il nous faut tout de même nous mettre à l'oeuvre, avec lui, comme lui, à sa suite !

Alors, pour conclure, un encouragement : "Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison", nous dit Jésus ?
Ça tombe super bien, puisque nous sommes en période de vacances ! Vous allez certainement partir loin de votre pays, certains sans doute loin de leur famille et de leur maison ! Génial, profitez-en, soyez prophètes pendant vos vacances, puisque c'est plus facile ! Entraînez-vous, pour que, une fois rentrés chez vous, vous soyez un peu plus aguerris, parés à affronter les épreuves inévitables du prophète dans son pays.
Dieu n'est jamais en vacances, soyez des prophètes en vacances encore plus que chez vous ! :)