Cette remarque vient d'une discussion à propos d'une photo tirée d'une série censée dénoncer des clichés sur les jeunes catholiques, d'ailleurs plutôt pas trop mal, jugez-en plutôt :

Il paraît !Il paraît !Il paraît !Il paraît !

Je ne vous cache pas que c'est la quatrième qui pose question, et je vous cache le débat passionnant qui s'ensuivit, parce que c'est d'autre chose que je voudrais disserter, si vous le permettez.

Bref, "l’Église n'arrive plus à libérer une parole neuve", voilà qui est embêtant. Ou pas.
Qu'est-ce que c'est, une "parole neuve" ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Il faudrait que l’Église - et pas seulement l’Église, d'ailleurs - trouve quelque chose de neuf chaque jour que Dieu fait ? Il faudrait chaque jour un scoop, un changement, une nouvelle info, du buzz ? Non mais, attendez, on ne bosse pas dans le même business, l’Église et la presse people, ou je me suis trompé de religion ?

J'entends bien que c'est à la mode - bien que ce soit vieux comme le monde, ou presque -, cette idée de nouveauté permanente ; je lis bien, depuis un certain temps, que "le changement, c'est maintenant !", j'entends bien d'autres incantations vaines du même tonneau, mais est-ce que l’Église se doit de changer ? Est-ce que l’Église se doit d'avoir une parole neuve ?
Rien n'est moins sûr. Je n'ai jamais lu cela dans l’Évangile ; je n'ai pas lu ça, à ma souvenance, dans l'enseignement de nos papes et de nos évêques. Je lis, en revanche : « Jésus ajouta : "C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien." » (Matthieu 13,52) Il ne s'agit donc ni de neuf, ni d'ancien, mais d'un trésor. C'est tout à fait différent.

L’Église a un trésor. C'est la Parole de Dieu, ni ancienne ni nouvelle parce qu'éternelle : elle ne change pas, elle EST, parce qu'elle est Dieu lui-même, qui se nomme lui-même : « Je suis celui qui est, qui était, qui sera ». On peut ainsi y tirer du neuf et de l'ancien, puisqu'elle est, était, sera. La question n'est pas qu'elle soit neuve ou ancienne, la question - la seule qui importe - est qu'elle soit vraie.
La manière de la transmettre varie, certes. Je pense ici aussi bien aux photos ci-dessus (le but des JMJ n'est-il pas rien d'autre que de proposer la Parole de Dieu, l'amitié de Dieu, au plus grand nombre de jeunes ? on ne discutera pas ici de la validité de la proposition, qui a aussi ses limites, mais c'est bien le but !), qu'à un certains nombre de blogs "cathos", ou encore à une série comme Le Cathologue, qui vaut ce qu'elle vaut mais qui a le mérite d'exister... et à tant d'autres initiatives plus ou moins heureuses, parfois malheureusement un peu foireuses, mais qui relèvent toutes du désir de propager la Parole éternelle du Dieu éternel, vivant et vrai.
La question de la méthode se pose évidemment : quand c'est foireux, c'est dommage, parce que ça ne correspond pas au contenu que l'on voudrait transmettre. En même temps, que celui qui est capable de transmettre intégralement et sans erreur tout le contenu du trésor de la Parole de Dieu jette la première pierre à ceux qui n'y arrivent pas ! Oui, il n'y a que Jésus, le Verbe (j'avais écrit "la Verve", ça c'est rigolo ! :) ) fait chair, pour le faire de manière toujours juste, et il ne balance pas de pierres, lui : il relève, il sauve, il corrige, il rend meilleur, plus vrai, plus beau.

Car c'est cela qui importe, figurez-vous : le meilleur, le plus vrai, le plus beau.
L'âme de l'homme post-moderne ne crève pas de ne pas trouver toujours plus neuf, elle crève de ce qu'on ne lui propose souvent plus du bien, du vrai, du beau. On lui propose du changeant, du mouvant, du flou, du speed, du tape-à-l’œil, du grisant, de l'émouvant... mais tout cela n'élève pas, ne rend pas meilleur : tout cela grise, étouffe, stresse, empêche de réfléchir, de se poser, de réfléchir...
Ce que l'homme de tous les temps, et donc d'aujourd'hui et de demain aussi, cherche, c'est une parole vraie, une parole qui libère, une parole qui construit, une parole qui demeure, une parole stable, sur laquelle il puisse fonder sa vie, son être, son engagement, son action.
Permettez-moi de croire que cette Parole, la seule qui vaille, c'est celle de Dieu, éternelle, vivante et vraie.

Mère Teresa, à un journaliste qui lui demandait : "Que pensez-vous qu'il faille changer dans l’Église ?", répondit simplement : "Moi. Et vous." Parce que l’Église, c'est moi, c'est vous.
Un certain Jésus de Nazareth, à la suite de tous les prophètes de la Bible qui le précédaient et qu'Il précédait, disait cela autrement, mais cela voulait dire la même chose : « Convertissez-vous ! »
Il n'a pas dit : « Changez, soyez toujours neufs, toujours jeunes, toujours souples et adaptables à la dernière mode qui passe aussi vite qu'elle est venue ! ». Il ne s'agit pas de changer, il s'agit de devenir toujours plus nous-mêmes, il s'agit de devenir toujours plus vrais, plus grands, meilleurs. Il s'agit de nous rapprocher de ce que nous étions dès avant que le monde fût dans le cœur de Dieu : des hommes et des femmes aux cœurs droits, ardents, assoiffés de vérité, de justice, d'amour. Des hommes et des femmes toujours tournés - et retournés quand ils se sont détournés - vers la Parole éternelle, vivante et vraie qui les a créés et qui les sauve. Des hommes et des femmes toujours en conversion jusqu'au jour qui vient où ils seront enfin stables, définitivement ancrés dans l’Éternel.

Ne changez pas. Convertissez-vous !