Ce matin, 11.11.11, les gens sont moins nombreux à la messe comme dans la rue. Jour férié en France. En souvenir du 11.11.1918 à 11h00, quand, dans les tranchées, les clairons sonnèrent la fin des combats alors que, dans les villes et les villages, les cloches sonnaient la fin de cinq années d'horreur. Aucun "poilu" n'est plus là pour nous le raconter, ce jour.

À la messe, je célèbre en ornements blancs : nous fêtons saint Martin, l'apôtre des Gaules, et c'est une belle fête. Je dois avouer que mon cœur est en violet. Cette p... de guerre a fait 18 000 000 de morts, dix-huit millions... et des millions de blessés invalides à vie, sans compter les dizaines de millions de cœurs qui n'arrêteront jamais de saigner à cause de ce qu'ils ont vécu, vu, subi.

Aux monuments aux morts de nos deux communes, entre cent et deux cents personnes se rassemblent, autour d'un carré d'anciens combattants et des autorités civiles et militaires. Parmi eux, j'ai la joie de voir des scouts en uniforme, de différents mouvements.
Discours. Et puis cette sonnerie aux morts :

Je ne peux m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux, tandis que mon regard défile sur le monument aux multiples noms qui sont autant de personnes tuées par leurs frères. Frères ennemis, certes, mais frères tout de même. Et ma mémoire me ramène à tous ces villages, quelque fois d'à peine une centaine d'habitants, qui ont tous - tous ! - ce monument aux morts avec cette série de noms. "Morts pour la France". Et ce souvenir qui m'a marqué au fer rouge, de découvrir quatre frères d'une même famille. Inconcevable.
"Aux morts !"
C'est par cet ordre bref que l'officier commande la sonnerie.
Un long roulement de tambour en crescendo, puis le clairon... Les hommes en uniforme saluent, les drapeaux s'inclinent. Instinctivement, je sors mes mains de mes poches, je me redresse.
Et puis la Marseillaise. Ce chant aux paroles terribles, je le chante doucement, sans haine, avec fierté. Je hais ces paroles, mais j'aime mon pays, je suis fier de mon pays, et tant et tant de gars de mon âge ont donné leur vie pour que, aujourd'hui, je puisse chanter cet hymne insupportable, que, malgré tout, fièrement, je chante.
Je chante aussi pour ces gars qui tombent, ces jours-ci, au service de notre pays, en opex (opération extérieure).

Et je prie. L'office œcuménique dans l'une des églises paroissiales est un beau moment. Au moins, des chrétiens tâchent, ensemble, de construire entre eux cette paix si absente de notre monde. Avec leurs faiblesses, leurs responsabilités dans les guerres passées et présentes. On avance, pauvrement.

Notre Dame, Reine de la Paix, priez pour nous, priez pour notre pauvre monde en guerre perpétuelle.
Notre Dame, Sainte Patronne de la France, priez pour nous, priez pour tous ces jeunes qui ne savent même plus être fiers de leur pays, de leurs racines, et qui pensent que la paix est à ce prix-là. Quelle erreur !
Saint Martin, que nous honorons aujourd'hui, priez pour nous, priez pour tous ces chrétiens, de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Italie, d'Amérique et du monde entier qui, sur les ruines et les blessures de ce monde qui souffre, continuent à espérer en Jésus-Christ, Prince de la Paix, qui, lui seul, peut nous la donner.

"Plus jamais ça" : c'était le rêve de nos anciens. Puissions-nous prendre, aujourd'hui, les moyens de le rendre possible.