Nous voici donc devant (ou dans) une belle foire d'empoigne, entre - d'une part - ceux qui veulent jouer ou voir cette pièce, ou même simplement qu'elle puisse être jouée et vue, et ceux - d'autre part - qui ne veulent pas qu'elle soit jouée et vue. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est déjà pas bien joli.
On a vu et entendu tout et n'importe quoi comme argumentation, dans les deux camps. On a lu et entendu tout et n'importe quoi comme anathématisation des uns par les autres et réciproquement. Les gens d'un camp sont soit respectueux et ouverts, soit blasphématoires et fondamentalement intégristes...et figurez-vous que les qualificatifs sont interchangeables, si si, comme c'est amusant !... ou triste, juste triste.

Car, fondamentalement, je crois que le problème n'est pas l'objet de la pièce, ou les moyens de sa réalisation. Sur ce point, j'ai tout entendu, il faudrait que je la voie pour me faire une idée, et figurez-vous que je n'en ai pas la moindre envie. Il est possible que cette pièce sont mauvaise, remarquez que je n'en suis pas complètement sûr. Il est possible aussi qu'elle soit mauvaise pour de toute autres raisons que morales et religieuses, mais ça, (presque) personne n'en parle : je n'ai pas vu de critiques artistiques.
En fait, ce n'est pas le plus important.

Le plus important, c'est qu'elle divise et oppose, et surtout que les personnes qui s'opposent les unes aux autres à propos de cette pièce le font avec une rage de chiffonniers qui n'a plus rien d'humaine.
Elle divise et oppose ceux qui veulent qu'elle soit jouée à ceux qui ne le veulent point, certes. C'est déjà dommage.
Elle divise et oppose en plus ceux qui souhaiteraient ne pas la voir jouer, et là, c'est plus embêtant.
Elle divise et oppose surtout des Chrétiens, et là, c'est grave.

Le plus triste et le plus grave, en effet, dans cette malheureuse histoire, c'est que des Chrétiens s'insultent les uns les autres à cause d'une pièce que tous, globalement, préfèreraient voir disparaître, pour des raisons qui sont défendables, comme par exemple le fait qu'elle soit quelque peu irrespectueuse envers une figure qu'ils aiment tous parce qu'ils croient que cette personne, c'est Dieu.
Le plus triste et le plus grave, en effet, dans cette malheureuse histoire, c'est que des Chrétiens s'opposent jusqu'à se crêper le chignon sur les moyens à prendre pour que le Christ soit honoré dans leur société... et - encore pire - sur les moyens à prendre pour qu'il ne soit pas déshonoré. Pour que son image soit respectée, honorée, comme elle doit l'être.

Parce que figurez-vous, chers amis, en vous divisant, en vous mettant joyeusement sur la gueule (directement sur le terrain, sur Internet, peu m'importe) à propos de quoi que ce soit, c'est l'image même du Christ que vous bafouez en la réduisant en miettes. C'est la crucifixion même du Christ que vous continuez à travers les âges.
Alors, si c'est votre but, ma foi, j'en suis très malheureux pour vous, parce que vous êtes déjà vaincus et que vous risquez en plus de ne pas l'emporter au Paradis.
Mais si ce n'est pas votre but, alors - Seigneur, prends pitié de nous ! - que faites-vous donc à faire ce que vous ne voulez pas ? Que faites-vous donc à ne pas faire ce que vous voulez ?
Si votre but est que l'on honore la figure du Fils de Dieu (qui n'est pas un concept, mais quelqu'un qui est le Seigneur de votre vie), que faites-vous là à la déshonorer chez votre frère chrétien, ou chez votre frère en humanité, en répandant violence et insulte ? N'est-ce pas là le pire excrément que l'on puisse jeter à la face du Christ, puisque cet excrément est spirituel ?

Regardez-le, regardez son visage : c'est le même, exactement le même que celui de votre frère que vous insultez et violentez.
Regardons Véronique, regardons-la devant la Sainte Face, et comprenons ce que nous avons à faire... choisissez votre camp !

Le diable - diabolos, celui qui divise - n'est pas toujours (que) là où on le croit...